L'association
des Nuits Atypiques de Langon a participé à la création d'un festival indépendant au
Burkina Faso. Les Nuits Atypiques de Koudougou sont aujourd'hui, six ans après la
première édition, une entité totalement autonome, génératrice d'activité et
d'économie.
Reportage
OUTIL DE
DEVELOPPEMENT
Les sixièmes Nuits
Atypiques de Koudougou se sont achevées par un vibrant hommage à l'enfant du pays, le
journaliste Norbert Zongo, assassinée le 13 décembre 1998 pour délit d'opinion.
Ce festival ressemble comme un frère à l'événement langonnais qui
lui a fêté cette année sa dixième édition. Rien que de très logique dans cette
gémellité. En effet, l'équipe girondine, dirigée par Jérôme Guillem et Patrick
Lavaud, a beaucoup uvré pour permettre à Koudbi Koala -outre sa casquette de
directeur des Nuits Atypiques de Koudougou, Koudbi Koala est aussi président d'Emaüs
Afrique- de créer les NAK.
Au fil des années, la manifestation est devenue un point culminant et
incontournable de l'expression artistique au Burkina Faso. A tel point qu'il a fallu aux
organisateurs ouvrir une scène "off" pour permettre à certains groupes locaux
d'exposer leurs jeunes talents.
Il existe bien d'autres manifestations au pays des hommes intègres (la
traduction de Burkina Faso), plus institutionnelles celles-là, mais qui ne sont pas
arrivées à trouver leur point d'équilibre annuel.
Pour Patrick Lavaud
la collaboration entre le collectif langonnais et le groupe burkinabé est une vraie
réussite. "Au travers de cette relation privilégiée, il s'agissait pour nous
d'inventer une autre forme de coopération, critique par rapport aux partenariats
institutionnels, et une vraie solidarité avec des Africains. Cette démarche se veut plus
solidaire, plus équitable et plus proche de la réalité du terrain",
souligne-t-il en mettant fermement l'accent sur l'aspect partenariat de cette relation
entre les deux structures.
Deux entités pourtant séparées par quelques milliers de kilomètres et par
des cultures très différentes mais se retrouvant sur des points de convergence
artistique et citoyen. "Nous avons aidé à la mise en place et à la
pérennisation de la manifestation qui, aujourd'hui, a su trouver son rythme de
croisière. Elle a pu devenir un véritable outil de développement", assure
encore le directeur des Nuits Atypiques de Langon, présent à Koudougou cette année en
simple spectateur. "C'est vrai que pour cette sixième édition Koudbi ne nous a
pas sollicités. Son équipe est maintenant parfaitement autonome", confirme
Patrick Lavaud, parfaitement à l'aise dans son statut de festivalier.
TOUTE UNE ECONOMIE LIEE AU FESTIVAL
Pour la ville et la
région de Koudougou, les Nuits Atypiques sont aujourd'hui une entreprise porteuse dans le
domaine artistique mais aussi dans un rayon plus économique.
Il suffit de se
balader dans les allées du village Atypiques pour s'en rendre compte. Une multitude de
petits commerces s'installent autour du théâtre populaire, espace scénique en forme de
cirque antique où se déroule l'ensemble des concerts du soir.
En ville, des projets de construction d'hôtel sont directement liés
au festival. Le commerce Atypique se porte plutôt bien alors que le reste de l'économie
du secteur -à l'image de celle du pays dans son entier- est totalement exsangue.
Récemment, la toute puissante entreprise de textile "Faso-Fani" a fermé ses
portes après une privatisation "malheureuse".
Le travail entrepris par Koudbi Koala et ses amis porte ses fruits
aujourd'hui. Au travers notamment du centre de formation, Benebnooma. Un ensemble
rassemblant plusieurs activités sur un même site -dont une radio locale- et qui permet
aux plus défavorisés d'apprendre divers métiers. De la mécanique pour les garçons au
secrétariat informatique pour les filles. Sans oublier des ateliers de danses et de
musiques traditionnelles.
C'est en effet grâce aux tournées du groupe Saaba que tous ces
investissements ont été rendus possible. Ce type de réalisation, financé sur fonds
propres et avec l'aide de quelques ONG (organisations non gouvernementales)
spécialisées, tant à faire des émules.
C'est ainsi, par exemple, que l'association Djiguiya, dont la formation phare
est bien connue du public sud-girondin, vient de terminer la construction d'un centre
similaire à Bobo-Dioulasso (deuxième ville du pays située plus au Sud). Ce nouvel
équipement associatif permettra aux exclus de la scolarité d'état de se former afin
d'affronter un quotidien particulièrement difficile au Burkina Faso, un des pays les plus
pauvres du monde.
Pour épauler cette nouvelle démarche conduite par Adama Sanou,
l'association des Nuits Atypiques de Langon va, par l'intermédiaire de son label
discographique daquí, produire le prochain album du groupe Djiguiya. La formation
burkinabé sera, très certainement, de la onzième édition du festival langonnais avec
son tout dernier spectacle alliant musique, rythme et danse traditionnelle avec des
sonorité plus modernes.